Music on Mars

Presse

 

Music on Mars, Très space

Après ses expériences très immersives de musique « subaquatiques », regarde aujourd’hui vers le ciel, imaginant pour ce nouvel album dix-huit titres d’une play-liste destinée aux futurs habitants de la planète Mars. C’est un projet collectif que le compositeur met à oeuvre et finalise dans le studio électroacoustique. Il sollicite en effet six autres aventuriers du son, des interprètes dont les séquences respectives, vocales et instrumentales, ajoutent autant de couleurs sur la palette des timbres à mixer. Redolfi y intègre également « d’authentiques sons de l’espace captés de la terre ou des transmissions radio émises depuis des sondes et rovers ». Il relate chaque étape de cette expédition martienne dans une sorte de « journal de bord » somptueusement illustré qui accompagne le CD.
Les deux premiers mouvements font revivre le lancement par la Nasa du robot mobile « Curiosity » vers Mars. Un flux sonore propulsé par vagues déploie un espace immense et coloré (Structures Baschet et ondes Martenot traités par l’électronique) où l’intervention des voix, chantée ou parlée (les opérateurs avant la mise à feu) met l’auditeur en situation d’écoute très particulière. Entre turbulences atmosphériques (Entering the oxyde atmosphère) et sérénité planante (Thin Air), la voix laryngée de (Blue sunset Raga) nous fait quitter la terre sur une musique pulsée par les tablas dans un espace fortement réverbéré. Celle de , traversée de souffle (Mars horizon) flotte dans l’éther dont Michel Redolfi traduit l’infinitude et la transparence par des textures sonores fluides et stratifiées. Souffle, raucité et vibrato du duduk (le hautbois arménien de ) pour le passage de Phobos et Deimos, lignes flexibles et lumineuses de la guitare électrique () zébrant l’espace sont autant de variations aériennes dans ce voyage inter-planétaire,  un rien connoté mais radicalement dépaysant, qui a été conçu par son auteur comme « un recueil de rêveries pour promeneur solitaire »

 Le par Michèle Tosi

RESMUSICA

Des rêves en capsules

L’écrivain de science-fiction J.G.Ballard n’a cessé de fustiger, dans ses nouvelles des années 70, les auteurs « réactionnaires, ceux qui vivent encore dans l’avenir ». Pour Ballard, le futur n’arrive jamais, c’est le présent qui advient, et il prenait acte de l’échec de la conquête spatiale, son échec à stimuler l’imagination et les rêves de la population. Nombre de ses textes se situent dans des zones résidentielles désertées, aux abords de Cap Canaveral. Et force est de constater que les voyages intersidéraux ne font plus guère la une de l’actualité. Seule l’arrivée dans notre système solaire d’une gelée verte et tentaculaire en provenance d’Alpha du Centaure semblerait pouvoir nous émoustiller encore. Et pourtant le projet Mars One, imaginé par Bas Lansdorp, qui vise à envoyer quatre colons, en 2025, dans un voyage sans retour sur la planète rouge, semble encore stimuler l’imaginaire terrien : plus de 200 000 candidats ont postulé pour faire partie des heureux élus. Le scepticisme est de règle chez les spécialistes, mais il n’empêche : même si l’opération n’est qu’un canular ou une utopie, elle suscite l’intérêt. Et elle a suffisamment inspiré Michel Redolfi pour qu’il ait produit « Music On Mars », collection de compositions destinées à être écoutées par les futurs habitants de Mars. Il émet l’hypothèse que, bien entendu, les astronautes partiront avec du Bach et du Dylan (commettant d’ailleurs ici une erreur d’analyse : c’est Elvis, bien entendu, qui sera dans toutes les playlists), mais qu’une fois installés dans leur nouveau lotissement, ils auront soif de nouvelles sonorités. Il dit avoir composé cet album comme un « recueil de rêveries pour promeneurs solitaires » (ça ne vous rappelle rien ?), et pour ce faire, s’est entouré de personnalités musicales aventureuses, dont Didier Malherbe et Terry Riley (si si, le pape de la musique répétitive). Michel Redolfi nous avait habitué à sa musique subaquatique, mais il travaille actuellement à la dimension acoustique et musicale à bord du futur vaisseau d’exploration Sea Orbiter, et il s’est lancé ici dans un fantastique voyage musical : entre ragas et souffle circulaire, voix modifiées et guitare électrique, le disque gagne en vérité par la fréquente insertion de véritables sons de l’espace, captés depuis la terre, ou dans l’orbite de Saturne. Si l’étiquette « musique planante » a du sens, elle s’applique ici avec une pertinence rare. Je vais vous faire un aveu : je comptais postuler pour Mars, mais mes responsabilités ici sont trop importantes. Si je pars, qui vous parlera de disques comme celui-ci ?

 LBertrand D

Les Veilles Musicales